À Kinshasa, la fête des Léopards se mue en cri de ralliement pour la libération de Constant Mutamba
Kinshasa, 11 avril 2026 – La liesse populaire peut-elle faire bouger les lignes du pouvoir ? La question n’a jamais semblé aussi concrète que depuis dimanche 5 avril, lorsque la capitale congolaise a vécu une double séquence historique : d’abord sportive, puis ouvertement politique.
Ce jour-là, des milliers de Congolais s’étaient rassemblés sur l’esplanade du Palais du Peuple pour célébrer les Léopards de la RDC, fraîchement qualifiés pour une compétition majeure – un exploit inédit depuis plus d’un demi-siècle. Drapeaux, chants unanimes, ferveur nationale : tout concourait à un instant d’unité rare.
Mais très vite, la fête a pris un tournant inattendu. Au sein de la marée humaine, des voix isolées d’abord, puis une clameur collective, ont scandé un slogan qui n’avait rien de sportif : « Libérez Mutamba ! »
L’interpellation visait directement le chef de l’État, Félix Tshisekedi, présent pour honorer les joueurs. À la surprise générale, le président a suspendu son allocution. Dans un silence soudain, il a sobrement répondu : « J’ai entendu. » Quelques mots qui ont déclenché une salve d’applaudissements mêlés d’espoir et d’attente.
Qui est Constant Mutamba, et pourquoi sa libération est-elle réclamée ?
Ancien ministre de la Justice, figure montante de l’opposition républicaine, Constant Mutamba est actuellement détenu. Condamné à trois ans de travaux forcés pour « tentative de détournement de fonds publics liés à un projet de prison à Kisangani », il clame son innocence. Dans une lettre ouverte publiée en février, il dénonce une détention « à caractère politique », liée selon lui à ses critiques répétées de l’insécurité chronique dans l’Est du pays et de la dérive d’un système judiciaire qu’il estime « malade ».
Au-delà de son cas personnel, Mutamba appelle à un dialogue national encadré, garantissant la sécurité des opposants en exil, la transparence des processus politiques, et refusant tout partage opportuniste du pouvoir. Un discours qui résonne dans une partie de la population lassée par l’instabilité et les promesses non tenues.
Le football, miroir des attentes citoyennes
En rappelant qu’avant la qualification, le président Tshisekedi avait laissé entendre une possible ouverture à certaines requêtes en cas de victoire des Léopards, les manifestants ont transformé l’ovation sportive en pression politique assumée. Kinshasa a livré une image saisissante : un peuple capable de célébrer ses héros tout en rappelant ses revendications à ceux qui le gouvernent.
Reste l’inconnue. Le chef de l’État, garant du pouvoir de grâce, accédera-t-il à cette demande populaire ? Son « J’ai entendu » restera-t-il une formule de circonstance ou le prélude à un geste fort ? Pour l’heure, la rue veille, et les regards sont tournés vers la présidence. Wait and see, comme le soufflent les observateurs. Mais en RDC, lorsque le peuple parle, le silence du pouvoir n’est jamais anodin.
Ajouter un commentaire
Commentaires